Discours et pratiques de vérification chez les journalistes primés

Par Isabelle Bédard-Brûlé, Kasia Mychajlowycz, Colette Brin et Ivor Shapiro

À propos des auteurs

Isabelle Bédard-Brûlé est auxiliaire de recherche et doctorante au Département d’information et de communication de l’Université Laval, Québec, Canada, G1V 0A6, isabelle.bedard-brule.1@ulaval.ca

Kasia Mychajlowycz est assitante de recherche et candidate à la maîtrise en journalisme à la Yeates School of Graduate Studies, Ryerson University, Toronto, Canada, kmychaj@gmail.com

Colette Brin est professeure titulaire au Département d’information et de communication de l’Université Laval, Québec, Canada, G1V 0A6, colette.brin@com.ulaval.ca

Ivor Shapiro est professeur-associé et directeur du programme de premier cycle de l’école de journalisme de l’Université Ryerson, Toront0, Canada, ishapiro@fcad.ryerson.ca

Résumé de l’article

Les journalistes subissent désormais la concurrence d’un nombre quasi infini de sources sur Internet. Sur quelles bases peuvent-ils aujourd’hui réclamer l’attention et la confiance du public? L’exigence d’exactitude apparaît comme fondamentale et universelle, mais, au-delà de l’importance que les journalistes accordent d’emblée à la vérification, quelles sont les règles qui régissent leurs routines quotidiennes? Cette étude examine à la fois les pratiques et le discours des journalistes de quotidiens canadiens, dans le but de contribuer au développement de meilleures pratiques de vérification journalistique. Nous y présentons les résultats de quatre entretiens individuels réalisés auprès de journalistes récipiendaires ou finalistes de prix d’excellence afin de reconstruire les stratégies de vérification utilisées par les reporters et de comprendre leur point de vue sur les normes qui les régissent.

Abstract

Journalists must now compete with other citizens in a Web-dominated information marketplace. On what basis may they now claim public attention and trust? One distinguishing and universal value is a drive for accuracy, but what exactly does verification mean in everyday practice? Under what circumstances and how frequently does a journalist systematically verify information? This study will examine both practices and discourse of journalists working in daily newspapers with the aim to contribute to the development of journalistic “best practices”. We will present results of four interviews conducted with award-winning journalists to reconstruct the fact-checking strategies and standards employed by the reporter, and probe individual views on verification.

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Introduction

Avec la montée d’Internet, le rôle conventionnel des journalistes dans la sphère publique est passé d’un quasi-monopole de l’information à un lien moins central, voire évitable, dans la chaîne de l’information (Bardoel, 1996). La légitimité de la profession peut être contestée par un public ayant maintenant accès à une diversité de sources de nouvelles (Heinonen, 1999). Avec la mise en cause du statut de « chien de garde » et la vitesse qui l’emporte souvent sur l’exactitude dans la transmission des informations, les journalistes doivent définir leur niche professionnelle, afin d’affronter la concurrence des professionnels des nouveaux médias (Singer, 2003). Sur quelles bases les journalistes peuvent-ils aujourd’hui obtenir l’attention et la confiance du public?

Les critères de qualité de la profession ont traditionnellement été tacites, intuitifs et variés, mais l’exactitude de l’information apparaît toujours d’une importance capitale en journalisme. Pour respecter cette norme, une méthode de travail axée sur la vérification s’impose. Mais quelle place tient exactement la vérification dans la pratique quotidienne des journalistes? Qu’est-ce qui constitue une vérification adéquate? Est-ce qu’un fait corroboré par deux sources faisant autorité est automatiquement plus valable qu’un autre fourni par une source anonyme? Combien de sources suffisent? Qu’est-ce qui constitue une source fiable?

Notre étude vise à apporter des clarifications sur ce que signifie la pratique du journalisme à un moment où la profession, et l’industrie qui la soutient, semblent être en crise (Brin, Charron et de Bonville, 2004). Nous souhaitons examiner les valeurs professionnelles des journalistes d’aujourd’hui et la façon dont elles se traduisent dans la pratique journalistique. En d’autres termes, quelles normes naissantes peuvent être déterminées d’après la conduite et les croyances des journalistes canadiens? Nous tentons également de savoir dans quelle mesure il existe une communauté de pratique, c’est-à-dire un groupe de personnes dont le travail commun et les interactions alimentent et améliorent leurs pratiques (Wenger, 1999), chez les journalistes d’aujourd’hui au Canada, tout en identifiant les normes tacites définies par cette communauté ou celles qui sont suffisamment évoluées pour être décrites comme les « meilleures pratiques ». Ces dernières se distinguent des routines par leur objectif d’améliorer la qualité de la production professionnelle plutôt que l’efficience organisationnelle et économique.

Problématique

La culture professionnelle des journalistes, qui s’articule autour d’une mission démocratique traditionnellement liée à la liberté de la presse, valorise l’autonomie et la diversité dans la pratique. Ce qui expliquerait pourquoi les critères de qualité ont toujours été tacites, intuitifs et variés plutôt que codifiés ou standardisés (Ruellan, 2007; Schultz, 2007; Shapiro, 2009; Shapiro, Albanese & Doyle, 2006; Soloski, 1989).

Cependant, les journalistes s’entendraient sur certaines valeurs professionnelles fondamentales, malgré des variations selon les groupes culturels et sociodémographiques (Beam, 2008; Pritchard et Sauvageau, 1999; Weaver & Wu, 1998). Parmi ces valeurs communes, l’exactitude apparaît comme la plus consensuelle parmi les journalistes (Bogart, 1989, 2004; Burgoon, Burgoon & Atkin, 1982; Gladney, 1990; Gladney, Shapiro & Castaldo, 2007; Shapiro et al, 2006 ; Cleghorn, 1990; Davies, 2008; Franklin, 2006; Meyer, 2004). Mais l’exactitude exige davantage que de bonnes intentions et des efforts : Kovach et Rosenstiel (2007) définissent même le journalisme comme une « discipline de la vérification » pour le distinguer « du divertissement, de la propagande, de la fiction, ou de l’art » (Kovach & Rosenstiel, 2007 : 79).

Il existe bien une tradition de la vérification, un ensemble de normes et de routines qu’on associe au « fact-checking » des grands magazines, suivant la règle que « tous les faits exigent vérification » (Brouse, 2007; Sheppard, 1998a, 1998b). En revanche, aucune règle écrite n’est connue pour la presse quotidienne. Selon Rosner, le journalisme quotidien serait « paralysé » si les journalistes attendaient de vérifier toutes les informations avant de les rapporter, et les articles de suivi deviennent ainsi une forme de vérification après publication. Il note cependant que plus les enjeux sont importants, plus la vérification est nécessaire avant la publication (Rosner, 2009). Il est donc surprenant de trouver de nombreux manuels de journalisme dépourvus de références à la vérification (Frost, 2002; Gaines, 1998; Harcup, 2004; Harris, 1997; Spark, 1999) ou qui se limitent à la seule mention de l’importance de la double vérification des faits de base (noms, âges, lieux), et de la nécessité d’avoir plus d’une source dans le cas d’une allégation d’inconduite (Lanson & Stephens, 2008). Il y a bien la soi-disant règle des « deux sources », qui aurait été instituée par l’enquête du Watergate du Washington Post (une thèse néanmoins contestée par au moins un journaliste du Post) qui est parfois, mais pas toujours, associée aux informations provenant de sources anonymes (Boeyink, 1990; Lanson & Stephens, 2008; Sussman, 2009). Ward, quant à lui, offre 15 brèves lignes directrices pour la vérification, y compris « Check every fact », « Compare sources », mais aussi « Beware of slavishly following predetermined verification rules » (Ward, 1991).

La culture professionnelle des journalistes préconise une attitude sceptique, dans l’esprit du vieil adage : « Si votre mère vous dit qu’elle vous aime, vérifiez-le » (Chepesiuk, Howell & Lee, 1997). Mais, dans la pratique quotidienne, autant la recherche que l’expérience personnelle des auteurs indiquent que ce ne sont pas tous les faits qui sont contre-vérifiés. En outre, un fait contesté sera considéré comme vérifié s’il est confirmé par un témoignage indépendant de la source originelle ; seuls certains faits seront soumis au “rituel stratégique de l’objectivité” (Tuchman, 1978). Et ce, non pas en vertu de la signification ou de l’importance sociale des faits, mais plutôt en raison des risques de poursuite en diffamation, de la force des intérêts politiques ou sociaux en jeu, ou parce que les faits contredisent les idées reçues (voir aussi Sessions, 2003; Tuchman, 1972).

La question se pose donc : à quelle fréquence, et avec quelle intensité, la vérification méthodique fait-elle partie du travail quotidien des journalistes de nouvelles? Depuis les travaux ethnographiques d’Ericson, Chan et Baranek (1987, 1989, 1991), aucune étude canadienne n’a répondu à cette question. Ces études, ainsi que les travaux américains et européens sur les pratiques de recherche des journalistes, suggèrent que les journalistes affectés à la couverture de l’actualité quotidienne s’appuient le plus souvent sur des sources habituelles d’information (O’Neill & O’Connor, 2008).

Selon une récente analyse de contenu des journaux britanniques, moins de la moitié des articles comportaient des marques de contextualisation et de vérification de l’information; 87 % d’entre eux étaient basés sur une seule source primaire (Lewis, Williams, Franklin, James & Mosdell, 2008). Une autre enquête réalisée auprès de journalistes allemands a permis de constater que s’ils consacrent 43 % de leur temps de travail à la recherche, ils passent seulement environ 11 minutes par jour à vérifier la plausibilité et l’exactitude des informations (Machill & Beiler, 2009). Plusieurs auteurs observent que les journalistes ne vérifient pas les informations obtenues en ligne et de la part des acteurs de la nouvelle (Jones, 2009; Owen, 2003; Ryan, 2004; Stepp, 2009).

Au Canada, des travaux empiriques récents suggèrent que la vérification est davantage associée au journalisme d’investigation, bien que plusieurs journalistes d’enquête considèrent que le journalisme de qualité, y compris les nouvelles, implique nécessairement un travail d’investigation (Ruvinsky, 2008). Mais en pratique, les règles tacites et verbales de la salle de rédaction évoquent plus vaguement l’équilibre, l’équité et une hiérarchie de « sources fiables », avec les sources officielles au sommet et les sources anonymes en bas (Chepesiuk et al., 1997; Ericson et al., 1987; Ericson, 1998; Rosner, 2008).

Les journalistes d’enquête disent adopter une approche quasi scientifique consistant à vérifier une hypothèse en utilisant la triangulation des informations provenant de sources variées (Cribb, Jobb, McKie & Vallance-Jones, 2006). À partir d’un entretien en profondeur avec un journaliste d’enquête, Ettema et Glasser proposent de considérer le travail d’enquête comme épistémologiquement spécifique. Alors que les journalistes de nouvelles considèrent les bureaucrates comme des sources fiables et compétentes, le journaliste d’enquête évalue les informations, obtenues grâce à des conseils ou « tuyaux », par un processus méthodique. L’information est évaluée selon une hiérarchie considérant les sources documentaires comme les plus crédibles et l’appel téléphonique anonyme comme le moins crédible. Mais il n’y a pas de normes claires pour déterminer la quantité de preuve nécessaire et les journalistes privilégient toujours l’équilibre des points de vue, en incluant par exemple dans l’article le déni du présumé malfaiteur, même quand ils sont sûrs que l’information est fausse (Ettema & Glasser, 2006).

Malgré l’absence de normes explicites, la présente étude vise à dégager des normes naissantes ou en émergence à partir des témoignages des journalistes liés à leurs pratiques et croyances en matière de vérification. Plus généralement, nous souhaitons identifier les éléments d’une méthode commune pour produire une information exacte et ultimement  contribuer à définir les « bonnes pratiques » en journalisme, c’est-à-dire un processus visant l’amélioration de la qualité professionnelle, fondé sur des études scientifiques d’évaluation d’impact (Perleth, Jakubowski & Busse, 2001).

Méthodologie

Notre étude comprend deux phases d’entrevues en profondeur, auprès de deux groupes distincts de journalistes de la presse écrite quotidienne: un groupe de journalistes primés qui représente une influence « d’élite » (Dunwoody, 1979), et un groupe témoin de journalistes. Pour le premier échantillon, nous avons sélectionné les auteurs d’articles de journaux lauréats aux National Newspaper Awards et au prix Judith-Jasmin de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, de 2008 à 2010. À cause du nombre restreint de journalistes francophones primés, nous avons inclus les finalistes et ajouté le Prix d’excellence en journalisme économique et financier de la Caisse de dépôt et placement du Québec – Bank of America Merrill Lynch. Nous présentons ici pour la première fois les propos recueillis lors des quatre premières entrevues auprès de journalistes primés.

Avant chaque entrevue en profondeur, nous avons procédé à une analyse du contenu de l’article sélectionné. Nous avons identifié chacun des faits contenus dans l’article, grâce à une grille d’analyse inspirée par la méthode de fact-checking en presse magazine décrite par Brouse (2007). Les entretiens visent ainsi à reconstruire les procédures de vérification pour l’ensemble des faits ainsi recensés, à savoir où, quand, comment et pourquoi le journaliste a vérifié l’information.

Nous avons demandé à chaque journaliste de nous donner ses impressions générales sur l’exactitude et la vérification, ainsi que certaines informations biographiques, avant d’aborder les moyens de vérification employés habituellement dans le cadre de son travail. Nous avons posé certaines questions particulières à propos de l’enregistrement des entrevues et du recours aux sources anonymes. Ensuite, nous avons dirigé le journaliste vers le texte choisi (dans le cas de dossiers primés, nous avons retenu soit le texte principal, soit le premier article publié de la série), d’abord en l’interrogeant sur les pratiques globales de vérification et sur la vérification de faits spécifiques. Il s’agit là du noyau de l’entrevue. Enfin, nous avons demandé au journaliste de commenter son propre travail de vérification des faits dans cet article, ainsi que les aspects particuliers de sa démarche, par exemple les raisons pour lesquelles certains faits ont été vérifiés et pas d’autres, et comment les divers types d’éléments de preuve ont été pesés.

Au moment d’écrire ces lignes, 47 % des journalistes francophones contactés (9/19) ont accepté de nous accorder un entretien ; du côté anglophone, 56 % des personnes contactées (5/9) ont consenti à participer à l’étude. Ce taux de réponse nous apparaît satisfaisant, compte tenu de l’emploi du temps chargé et souvent imprévisible des journalistes, de même que de la nature de l’entretien qui exige de révéler certains « trucs du métier ». Il est fort possible que les journalistes qui ont accepté de nous parler soient particulièrement intéressés par la recherche et la réflexion sur la pratique ; comme il s’agit par ailleurs d’un très petit échantillon, il serait hasardeux de généraliser à l’ensemble de la communauté professionnelle les propos recueillis. Il s’agit cependant d’une limite incontournable pour ce type de recherche, largement compensée, espérons-nous, par la richesse et la profondeur des observations.

Dans la prochaine phase de notre étude, nous interrogerons des journalistes d’un groupe témoin,  qui proviendront des mêmes quotidiens que ceux de l’échantillon des journalistes primés et dont les articles seront jugés comparables aux textes primés. Nous comparerons ensuite les résultats des deux groupes, ainsi que les échantillons anglophones et francophones. Nous pourrons ainsi vérifier s’il y a bel et bien divergence entre les journalistes des deux grands groupes linguistiques relativement à la norme d’exactitude, comme l’ont suggéré Pritchard, Brewer & Sauvageau (2005). Selon leur étude, les journalistes francophones accorderaient une plus grande importance à l’exactitude que les journalistes anglophones.

Alors que nous en sommes à la première phase d’entrevues avec les journalistes primés, nous présentons ici les résultats les plus intéressants provenant des quatre premiers entretiens (deux en français et deux en anglais). Conformément à la pratique habituelle, les répondants ne sont pas identifiés. Le générique féminin sera utilisé pour préserver l’anonymat des participants. À ce stade de notre recherche, nous avons décidé de ne pas spécifier la langue d’usage des participants, le nombre restreint d’entrevues ne nous permettant pas de faire des comparaisons. Les citations ont été traduites par les auteurs.

Résultats

Réflexions générales sur la vérification

En début et en fin d’entrevue, nous avons posé des questions d’ordre général aux journalistes à propos de leurs pratiques de vérification. Tous les journalistes s’entendaient sur l’importance de cet aspect de leur travail : une journaliste a dit que la vérification représente « 99 % du travail » (Entrevue 2), alors qu’une autre a insisté sur la nécessité de vérifier chacun des faits « aux moins deux fois » (Entrevue 3). Toutefois, les journalistes ont souligné que la vérification représente parfois un défi dans la pratique quotidienne. Chacun d’entre eux a identifié des obstacles à la vérification adéquate. Deux journalistes ont mentionné la difficulté d’obtenir des informations de la police. Une autre a dit qu’elle n’avait pas assez de temps pour atteindre les standards des magazines :

« Idéalement, quelqu’un, comme on le fait dans les magazines, regarderait l’article avec une source et lui demanderait : ‘Je dis que vous avez dit ça, croyez-vous que ce soit correct?’ Mais comme journaliste de quotidien, tu n’as simplement pas le temps de faire  ça » (Entrevue 1).

La même journaliste mentionnait aussi qu’il était difficile de trouver des personnes fiables à interviewer et que vérifier ce qu’ils affirment est une partie difficile de son travail. Une autre a dit préférer consulter des documents officiels, notamment ceux produits par des instances gouvernementales, les jugeant plus fiables (Entrevue 2). Cette dernière souligne toutefois l’importance de mener également des entrevues avec des intervenants compétents, afin d’éviter de faire des erreurs en interprétant les sources documentaires. Les journalistes ont aussi nommé certains types de faits plus difficiles à vérifier, par exemple les chiffres.

Après ces considérations d’ordre général, nous avons demandé aux journalistes ce qu’ils pensent de l’utilisation de sources anonymes. En comparant leurs réponses, nous avons remarqué une disparité entre leur définition du mot « anonyme ». En spécifiant qu’elle est « absolument » à l’aise d’utiliser des sources anonymes, une journaliste précise qu’elle se doit de connaître elle-même l’identité de la source[i]. Elle garde simplement son anonymat en n’attribuant pas l’information dans le texte (Entrevue 3). Seulement une des journalistes a déjà utilisé des sources dont elle ne connaissait pas elle-même l’identité, alors qu’elle faisait un reportage incognito (Entrevue 4).

Les journalistes ont identifié quelques raisons qui les poussent à ne pas attribuer l’information dans leur article. Trois journalistes ont dit ne pas révéler le nom d’une source dans leur texte si cela peut mettre l’emploi de celle-ci en danger. Une seule de ces journalistes a mentionné la nécessité de protéger la vie d’une source en gardant son anonymat (Entrevue 2). Une autre a parlé de l’importance de protéger la réputation d’une personne qui accepte de parler à la presse, en citant en exemple le cas d’une source qui a dénoncé plusieurs situations portant à controverse dans sa petite communauté rurale. Elle a accordé l’anonymat à cette source pour ne pas lui causer de problèmes avec ses concitoyens (Entrevue 1). Dans tous ces cas, la journaliste et son supérieur immédiat connaissait l’identité de la source, et ils connaissaient la façon dont cette dernière avait obtenu les informations (généralement, grâce à leur emploi). Finalement, une journaliste a affirmé toujours écrire dans l’article les raisons qui la poussent à garder la confidentialité de la source, par souci de transparence envers les lecteurs (Entrevue 3). Une autre a dit qu’elle préfère plutôt trouver une autre source qui accepte d’être citée, pour ainsi attribuer l’information à quelqu’un dans le texte (Entrevue 1). Une journaliste nous a parlé des motivations des sources anonymes, qu’elle croit altruistes pour la plupart : « ils prennent un risque, et je l’apprécie. J’ai du respect pour ça […] La plupart des fois c’est juste que quelqu’un s’aperçoit qu’il y a quelque chose d’injuste qui se passe » (Entrevue 2).

Questions relatives aux articles analysés

Après avoir parcouru les articles choisis avec les participants, des pratiques de vérification communes se distinguent. Par exemple, les journalistes mentionnent l’importance de croiser les sources dont ils disposent. Ici, dans ce cas complexe où la journaliste d’enquête cherche des liens entre des entreprises obtenant des contrats de la Ville et des personnes aux pratiques d’affaires controversées, la journaliste effectue une recherche documentaire sur le site Internet gouvernemental d’enregistrement des entreprises et sur microfilm, en plus de réaliser des entrevues avec les personnes en cause, afin d’éviter les erreurs d’interprétation des documents : « Et j’ai appelé [l’entreprise X] […] et ils ont confirmé qu’il s’agissait d’une filiale, parce que je ne m’aventurerai pas à dire quelque chose comme ça sans vérifier. Et j’ai vérifié, avec [l’entreprise X] et [l’entreprise Y], je pense, pour confirmer verbalement » (Entrevue 2). Une autre journaliste mentionne qu’il n’est pas toujours possible d’obtenir des données officielles et précises, comme ce fut le cas pour son reportage de type ethnographique dans lequel elle témoigne de la vie quotidienne dans d’un quartier difficile de sa métropole. En voulant délimiter un secteur hautement criminalisé, elle s’est butée à l’absence de limites géographiques claires et documentées. Dans ces cas particuliers où des données officielles n’existent pas, elle dit appliquer la règle des trois sources. Elle a donc interrogé les résidents du quartier pour tracer les frontières du secteur « chaud » qu’elle décrit dans son reportage: « Moi, à partir de trois personnes qui m’expliquent une affaire comme ça, c’est digne de foi. Et puis j’avais trois personnes » (Entrevue 4).

On remarque aussi avec quelle confiance les journalistes se fient aux sources officielles, par exemple les données émises par Statistique Canada et l’Institut de la statistique du Québec. De son côté, une journaliste spécialisée en économie s’appuie également sur les documents officiels publics d’une compagnie, notamment leurs communiqués, pour connaître les activités de l’entreprise (Entrevue 3). Pour trouver des données fiables, elle se sert aussi de sources spécialisées, telles que les agences d’information comme Bloomberg, des rapports d’analystes de son secteur, ainsi que des journaux et des revues, par exemple le Global Mining Finance. Lorsque les informations se font rares, l’expertise de sa source prime parfois sur sa neutralité, mais elle en avertit les lecteurs : « […] je précisais que l’Association nucléaire mondiale c’est un regroupement de l’industrie […] Pour que les gens sachent un peu d’où ça vient ces chiffres-là. Ce n’est pas indépendant. C’est quand même une source crédible » (Entrevue 3).

Observation du journaliste

Un peu à l’exemple des méthodes qualitatives en sciences sociales, l’observation sur le terrain peut être considérée comme une méthode de vérification, selon une des journalistes rencontrées (sur les influences réciproques entre le reportage ethnographique ou naturaliste et l’observation sociologique, voir Lindner (1999) et Harrington (2003)). En parlant de sa démarche de type ethnographique, elle affirme que « … ça permet d’être sûr que c’est vrai aussi. […] ce n’est pas juste basé sur ce que tout le monde avait raconté depuis deux ans. J’avais interviewé souvent des gens de ce coin-là ou des policiers qui travaillaient là. Mais là, c’était pas de seconde main » (Entrevue 4).

Comme il n’est pas toujours possible de se rendre sur le terrain, les informations disponibles grâce à Google Maps permettent parfois aux journalistes de situer et de voir les lieux à distance. C’est le cas pour une des participantes (Entrevue 1), une journaliste d’un grand centre urbain qui devait faire un article sur une disparition survenue dans une région éloignée. Cette journaliste a également eu recours à la collaboration d’un photographe pigiste sur les lieux de l’événement pour l’aider à situer et à décrire certains endroits et, ainsi, relater d’une façon qui se voulait imagée et précise les derniers déplacements et les dernières actions de la personne disparue.

Dans ce même article, la journaliste choisit d’utiliser certaines informations sans citer leur source pour des raisons de style, de lisibilité et de rythme. Ici, la journaliste fait un choix réfléchi entre son souci d’esthétisme et la transparence d’une part et la précision de l’information d’autre part : « Eh bien vous voyez, c’est une chose intéressante parce que j’avais une source à ce sujet qui était cette femme à l’Université […], mais le fait est que je ne voulais pas interrompre le récit » (Entrevue 1).

Analyse

Après ces quatre premières entrevues, nous remarquons plusieurs pistes intéressantes que nous chercherons à explorer de façon plus poussée lors des prochains entretiens. D’abord, nous avons observé chez les participants que ceux-ci se fient ultimement à leur propre évaluation subjective de la crédibilité de leur source. Déjà, nous savons que les journalistes primés de notre échantillon accordent de l’importance à l’expertise, comme le souligne une des répondantes à propos de sa source : « elle a écrit un livre au printemps dernier sur l’intimidation, je pense. Et elle a une bonne expertise » (Entrevue 1). Nos premières entrevues viennent aussi corroborer l’idée que les journalistes s’appuient le plus souvent sur des sources habituelles d’information (O’Neill & O’Connor, 2008). La relation de confiance établie entre le journaliste et sa source est importante, comme le mentionne la journaliste spécialisée en économie en parlant de ses sources anonymes : « On connaît les analystes, on sait pour qui ils travaillent. […] S’ils suivent la compagnie depuis trois ou quatre ans on sait quelle crédibilité ça a » (Entrevue 3).

Comme nous l’avons vu, la valorisation de l’expertise se fait parfois au détriment de la neutralité des sources, lorsque ces dernières sont peu nombreuses ou difficilement accessibles. Toutefois, on préfère des sources authentiques, voire impartiales, comme le montre cet extrait d’entrevue dans laquelle la journaliste affirme que les informations proviennent d’une source qui fait autorité dans son secteur : « Et on ne pouvait pas se tromper, dans le sens que c’est des images qui venaient de sources crédibles, parce que même la carte qui venait de la compagnie avait été faite à la base avec des données du ministère » (Entrevue 3). On comprendra que les données gouvernementales et celles des instituts de recherche publics sont considérées comme valides et crédibles, tout comme les données fournies par des organismes privés comme des associations professionnelles et industrielles, ainsi que des agences d’information.

Mais les journalistes ne donnent pas seulement voix aux sources faisant autorité. Dans un texte à teneur judiciaire, une des participantes souligne l’importance d’équilibrer les points de vue, ce qui vient faire écho aux conclusions d’Ettema et Glasser (2006). Elle parle de sa persistance à contacter des gens potentiellement incriminés par ses articles d’enquête, afin d’obtenir leur version des faits : « Bien, je suis persévérante aussi. Je laisse quelques messages, mais je pense que c’est dans leur intérêt […] — je veux dire que je vais rapporter ce qu’ils ont à dire et essayer de rendre ça équilibré » (Entrevue 2).

Les quatre participantes à l’étude soulignent toutes l’existence de limites à la vérification, une autre des pistes que nous espérons approfondir dans les prochaines étapes de cette étude. Deux d’entre elles parlent de leur difficulté à obtenir des informations de la part de la police; une autre évoque l’inévitable dépendance à l’égard de certaines sources, en l’occurrence les porte-parole des entreprises (Entrevue 3).

En plus de nous pencher sur les limites de la vérification, nous chercherons à en apprendre davantage sur les diverses stratégies employées par les journalistes afin de contourner les problèmes qu’ils rencontrent. Lorsque des informations ne sont pas accessibles et que la contre-vérification est impossible, une journaliste attribue les propos à une source, par exemple dans ce cas particulier où un actionnaire tente de minimiser sa responsabilité relativement à des pratiques douteuses dans son entreprise en évoquant des faits que la journaliste ne peut pas vérifier : « Je veux dire qu’il s’agit d’entreprises privées […] je ne peux prouver que c’est un actionnaire minoritaire, donc je dois l’attribuer. Il dit qu’il est actionnaire minoritaire, et qu’à son avis, ça veut dire qu’il s’en distancie dans un sens » (Entrevue 2). Une autre journaliste adopte une stratégie que l’on pourrait qualifier de pragmatique, c’est-à-dire qu’elle adapte son approche à chaque situation : « il y a tellement d’obstacles dans la recherche d’informations qu’il est difficile pour moi de dire : je fais toujours ceci et je fais toujours cela, parce que fondamentalement, peu importe les sources disponibles, j’essaie de les amener à me parler » (Entrevue 1).

Conclusion

Nous remarquons chez les journalistes primés une forte réflexivité envers leur propre pratique, ainsi qu’une grande capacité à expliciter la démarche et à reconnaître ses limites. Nous observons dans leurs discours la trace de ces pratiques d’« excellence » que nous avons évoquées plus haut. Ces « bonnes pratiques » sont visibles à la fois dans le caractère procédural ou méthodologique de leur travail et dans leur souci de rigueur. Un parallèle peut également être fait entre leur pratique et les méthodes qualitatives des sciences sociales, dont la démarche ethnographique et la triangulation (alliage de sources expertes, de sources documentaires institutionnelles et de témoignages directs). Les journalistes adaptent ces méthodes et ces principes à leur travail dans une perspective qui demeure pragmatique, peut-être en raison des contraintes de temps intrinsèques au journalisme.

Toutefois, les reportages dont il est ici question ici ont tous été réalisés sur plusieurs semaines, ce qui, pour des journalistes de quotidiens, est une période relativement longue. En un sens, ces cas primés de journalisme sont assurément différents du journalisme quotidien typique. En effet, il s’agirait plutôt de « faux quotidien », car les articles primés, par leur genre particulier (dossier, enquête, grand reportage), exigent plus de temps de la part des journalistes, un peu à l’image de ce qui se fait dans les grands magazines. Il sera intéressant, pour la suite de nos travaux, de voir de quelle façon cette différence se traduit, en comparant nos deux échantillons.

Au terme de notre analyse, des questions restent sans réponse. Par exemple, dans quelle mesure y a-t-il bel et bien eu triangulation de l’information? Combien de sources, combien de preuves, sont nécessaires avant de publier? Est-ce qu’un seul document suffit? Les résultats préliminaires présentés ici ne nous permettent pas d’apporter des réponses claires, d’autant plus que les participants n’ont pas abordé directement ces aspects de la vérification.

Références

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[i] Il s’agirait donc plutôt de source confidentielle. Sur la distinction entre les deux termes, voir Bernier (2000: 1).

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